Accueil
Quatre siècles de regards sur Marie Guyard
Les 13 et 14 mai a eu lieu à Tours et à Solesmes un colloque international franco-québéco-italo-canadien organisé par l'association Touraine-Canada, le Département d’Histoire (dir. François Touati) et l’Equipe de recherches Interactions culturelles et discursives (dir. Monica Zapata) de l'université François Rabelais de Tours, en collaboration avec le Centre d’études interdisciplinaires de l’Université Laval de Québec (Raymond Brodeur), avec la participation du Conservatoire et le soutien de la Ville de Tours et des moines de Solesmes. Ceci dans la mouvance du congrès de France-Québec organisé cette année à Tours 2013 par Touraine-Québec.
Les communications de la dizaine de spécialistes au colloque universitaire figureront sur le site < http://www.touraine-canada.org > . Les principales nouveautés apparues sont le grand intérêt de nombreuses chercheuses italiennes pour les textes de Marie Guyard de l'Incarnation, le non moins grand intérêt de chercheuses canadiennes anglophones pour la littérature québécoise et la langue française, à commencer par les autobiographies et la correspondance de Marie de l'Incarnation. Les échanges entre féministes (Patricia Smart, Judith Crichton), historiens (Benoist Pierre) et théologiens (Raymond Brodeur, Dom Barbeau) ont passionné l'auditoire. Ce furent des dialogues d'anthologie dans la plus parfaite courtoisie. En tout cas, le style de Marie Guyard, très personnel, vivant et spontané, utilise plusieurs procédés narratifs et fait le bonheur des linguistes (Alessandra Ferraro, Amandine Bonetto, Isabelle Landy). A ceux ou celles qui croyaient que Marie de l'Incarnation était la première moniale missionnaire en Amérique au XVIIe siècle, Monica Zapata a rappelé que la tourangelle avait été précédée au XVIe siècle en Amérique latine par quelques hispaniques.
75 personnes de tous genres et toutes formations ont assisté à ce colloque de haut niveau, tant à Tours qu'à Solesmes. L'une d'entre elles écrit : « Ce furent beaucoup d'informations, d'exposés à tenter d'assimiler en peu de temps, de personnalités très différentes parmi les intervenants. Merci de m'avoir permis d'y assister.» On a vu un homme d'une quarantaine d'années prendre beaucoup de notes : « ce sont les mots que je ne comprends pas. Je les chercherai dans le dictionnaire.» Claude Guillaumaud, sociologue (centre d'études nord-américaines, EHESS/CNRS) a exposé Les concepts de temps et d'espace dans la Correspondance de Marie de l'Incarnation. Marie-Caroline Bustarret, jeune théologienne française, mère de quatre enfants, s'est étonnée avec bonheur de la variété des points de vue et des disciplines s'intéressant à Marie de l'Incarnation. Le Québec était essentiellement représenté par deux sœurs ursulines et Raymond Brodeur, directeur scientifique du CEMI dont l'un des points portait sur le rapport inverse, à partir de la fin du XVIIe siècle, entre le développement des catéchismes moralisateurs dépouillés de citations de l'Ecriture et la pratique des autobiographies spirituelles de femmes.
Une centaine de personnes ont assisté en la grandiose salle des mariage de l'Hôtel-de-Ville de Tours à une conférence à deux voix (Raymond Brodeur et Françoise Deroy-Pineau) sur « Marie Guyard : qui est-elle ? »
Parmi l'auditoire, tant à l'Université qu'aux autres lieux de manifestation, quelques Québécois qui avaient entrepris le voyage pour la circonstance, venus de Québec ou de Montréal.
Le volet tourangeau du colloque s'est terminé par un Voyage musical en Europe à l’époque de Marie de l’Incarnation par les élèves du Conservatoire (direction artistique : Marie-Anne Pottier) 70 personnes sont venues écouter les jeunes et talentueux musiciens en la Chapelle Saint-Michel, lieu de mémoire franco-québécois, où Marie Guyard a prononcé ses vœux et conçu son départ en Canada.
Cette Chapelle avait accueilli le 8 mai, juste avant le colloque et l'AG de France-Québec, l'auteure-compositeure-interprête Christine Authier qui a chanté de sa voix de velours Marie Guyard, les Filles du Roi et les pionnières de la Nouvelle-France. Ce récital a ouvert les journées de travail d'une manière poétique, émouvante et joyeuse. Un rayon de soleil a éclairé le profil de Marie (par Bourgault de Saint-Jean-Port-Joli) pendant la plus émouvante des chansons en sa mémoire et on a vu une religieuse québécoise danser, alors qu'elle était, en finale, invitée par l'artiste à chanter en chœur une chanson de Gilles Vigneault.
Entre Tours et Solesmes, les « colloquants » sont passés par La Flèche, berceau de Montréal où Robert Rouleau (président de Maine-Québec) et Jean Petit (président des Amis de ND des Vertus) ont brillamment expliqué en quoi La Flèche, haut lieu de formation jésuite au XVIIe siècle, avait participé à la fondation de la Nouvelle-France.
Toutes et tous peuvent conclure avec l'une des participantes : « je garde de ces journées un souvenir marquant ».
Propos recueillis par Françoise Deroy-Pineau
Biographe de Marie Guyard de l'Incarnation et présidente de Touraine-Canada




